Cap au Sud !
La pluie et le froid nous ont assaillis pendant plusieurs jours. Une des rivières qui alimentent le Rhône, sortie de son lit, nous a forçée à faire demi-tour. Nous avons pédalé engonçés dans nos capuches, nous avons survolés la région, pressés par le mauvais temps, nous avons pesté contre les camions qui précipitaient les flaques contre nous et béni les échoppes qui bordaient notre route et nous permettaient de manger au sec le midi.
Puis, nous sommes arrivés en Provence.
Douce Provence, région aux multiples saveurs. Des marchés de pays pleins de senteurs et de couleurs, aux villages tranquilles, baignés de soleil, animés par une partie de pétanque le dimanche après-midi. Les paysages nous charment, les odeurs nous enivrent, le soleil nous enchante. Nous retrouvons le plaisir du vélo, le plaisir des sens, de prendre le temps de flâner dans les villes, d'admirer les paysages, d'observer ce qui nous entoure. La Garrigue, les Gorges de l'Ardèche, Avignon, Arles, Tarascon sont autant de petites perles provençales…
Puis ce fut la Camargue.
Magique Camargue, au charme sauvage. Une ambiance mystérieuse se dégage de ces grandes étendues désolés. Les marais, rizières et étangs se dessinent à perte de vue. Quelques mas isolés sont dispersés ça et là. Nous pédalons en compagnie des nombreux oiseaux qui trouvent refuge dans cette réserve botanique et zoologique, buses des roseaux, hérons, aigrettes, et au milieu des taureaux et chevaux camarguais qui font la réputation de cette région.
Un réveil particulièrement matinal nous permet d'être aux premières loges pour le lever du soleil sur l'étang de Vaccarès et d'admirer le ballet des flamants roses. Nous sommes au cœur de la légende camarguaise.
La culture camarguaise semble particulièrement riche. Il n'y a pas un homme qui ne monte pas à cheval dans une manade (troupeau de taureaux). L'année est rythmée par les manifestations taurines et équestres : bandidos, abrivados, course camarguaise… Nous avons eu l'occasion d'assister à l'une d'entre elles, aux Saintes Marie de la mer, capitale de la Camargue. Des milliers de cavaliers se retrouvent sur la plage, longue de 6 km, pour escorter un troupeau de taureaux camarguais jusqu'au village. En parrallèle, les jeunes du pays s'acharnent à effrayer les chevaux pour déstabiliser les gardians afin qu'un des taureaux s'échappe. Il paraît qu'il y a chaque année des accidents, et souvent des morts…
Les camarguais sont à l'image de leur région, sauvages. Alors que nous étions encore souvent accostés dans le nord de la Provence, depuis que nous sommes à Arles, les gens nous regardent de haut et semblent totalement indifférents à nous.
Nous avons d'ailleurs quelques peines ces jours-ci à trouver un bout de jardin pour notre tente. Nous essuyons même notre premier "refus" depuis que nous voyageons à vélo. " Voyons, ce n'est pas un temps pour faire du camping, les champs sont détrempés, regardez ! Oh non, je ne préfère pas, je me ferais du soucis pour vous, allez ailleurs. ". Un peu sidérés par cette excuse un peu hypocrite, nous nous rabattons sur un champ de cerisiers. La nuit tombe vite et la plupart des maisons sont protégées par toute sorte de systèmes disuasifs : grilles, murs, digicode, rottweiler… De nombreuses villes sont également sous surveillance vidéo. Nous apprendrons plus tard que les gendarmes patrouillent la nuit car de nombreux incidents ont lieu régulièrement, notamment pendant les ferias.
Paradoxalement, nous apprécions le calme d'une soirée en duo. Depuis que nous sommes partis, nous rencontrons constamment de nouvelles personnes. Quasiment chaque soir nous sommes face à quelqu'un de différent. La richesse des rencontres est incontestable et nous en profitons à chaque moment, mais, quelque part, nous sommes toujours "nouveaux" nous aussi, et devons à chaque fois raconter notre histoire, sans pouvoir aborder certains sujets plus personnels. Avec certaines personnes le contact est facile et rapidement nous dépassons le cap des généralités, mais nous n'avons pas de quotidien relationnel. La seule relation immuable dans ce voyage, c'est notre couple.
Néanmoins, nous avons encore eu l'occasion de faire de belles rencontres impromptues. Une chouette soirée dans un mas camarguais, pendant laquelle nous assimilons quelques rudiments de culture camarguaise et nous familiarisons avec l'accent prononcé du pays. Tout d'abord installés dans le pré, le grand-père vient ensuite nous proposer de planter notre tente dans l'enceinte de sa propriété et nous finissons par partager la tablée familiale, avec l'arrière grand-mère de 97 ans. Finalement, le plus difficile, c'est d'entrer !
Nous avons également fait la connaissance de deux cyclo-touristes québécois, Fanny et Jonathan, avec qui nous partageons joyeusement notre quotidien depuis trois jours.
Nous faisons actuellement cap sur Barcelone, où nous arriverons problablement au début du mois prochain. Après cinq mois de voyage, les vélos tiennent la route, même si le matériel commence à montrer quelques signes d'usure. Les cyclos sont toujours aussi motivés, malgré le mistral qui freinent nos efforts.