Tels des oiseaux migrateurs

Publié le par Rosélène et Nicolas

Cet été, nous étions des vacanciers, des touristes sportifs, des étudiants qui profitent de leur vacances au lieu de gagner trois sous à vendre des glaces sur la plage. Nous nous sommes mélés aux foules dans le Périgord, puis les avons évités en région limousine.

 

A présent, nous traversons des cités fantômes, comme brutalement abandonnées, victimes d'une soudaine épidémie dévastatrice. Je parle du pourtour méditerranéen. Tout est là, prêt à accueillir des millers de personnes, prêt à être réinvesti dès que le coup d'envoi sera donné, mais en attendant, ce n'est qu'une succession sans fin de volets rabattus, d'immeubles inhabités, de complexes touristiques vidés, de portes closes. Ces villes battent leur plein à la belle saison. Aujourd'hui, seul le vent s'engouffre dans ces grandes avenues désertées. Néanmoins, l'air est encore empli des milliers de vacanciers qui s'y sont promenés, de leur vacarme, des cris d'enfants et des rires bruyants, de leur bousculades, de leur frénésie, des étalages touristiques, du syndrome de consommation de masse. Nous sommes mal à l'aise, presque en colère. Tant d'énergie déployée, d'infrastructures créées, d'argent investi, de nature bétonnée, tout ceci pour ne servir qu'un dizième de l'année ? Certains seront peut-être contrariés par ces propos. Mais rappelons nous, combien de mal-logés en France ?

 

Ceci dit, nous profitons du "contre-courant touristique" pour découvrir une région qui a tout de même préservé une identité et des coins de nature remarquables. Si Carnon et le Cap d'Agde sont des exemples de cités-balnéaires fantômes, les villages de Palavas les Flots et surtout Sète ont su garder du caractère et surtout une vie après les touristes. Nous n'avons fait qu'effleurer la richesse culturelle de Sète, cité ouvrière, village de pécheurs, île à la croisée des chemins, terre de départ et d'immigration. Il y a du patrimoine, de la vie aux fenêtres et une histoire qui mériteraient d'être mieux connus. Destination à approfondir…

La Méditerrannée a beaucoup à nous apprendre. Tant de cultures s'y sont croisées, emmelées, affrontées, développées… En attendant une étude plus sérieuse, nous nous laissons envahir par la sérennité puissante qui se dégage de ses étendues. La mer nous manquait, me manquait. J'aime la mer, la variété de ses bleus, ses vagues, ses jours de calme, ses moments de colère, ses plages, le reflet du coucher de soleil dans ses eaux, les falaises qui s'y précipitent, l'écume qui s'abat sur ses rochers. Et puis ici, l'eau est reine. Les étangs se multiplient, les oiseaux foisonnent. Plusieurs espèces profitent de ces réserves naturelles pour passer l'hiver. N'oublions pas le canal du Midi, inscrit au patrimoine de l'UNESCO. La France est belle, et riche. Chaque jour en est une nouvelle preuve.

 

 

Tels des oiseaux migrateurs, nous roulons vers le sud, à la recherche de températures clémentes. Le froid est vraiment l'ennemi du voyageur à vélo, en tout cas, il est le mien. Les journées sont belles, c'est le soir que tout s'envenime. A 17h, il fait nuit. L'humidité tombe. La chaleur fuit. Nous voici coinçés sous notre tente : un mètre cube chacun d'espace vital. Un luxe comparé à l'exiguïté des duvets. Pour accuenter le sentiment de claustrophobie qui s'empare de moi, je dors engonçée dans mes deux polaires, chaussettes en laine, damart et bonnet à portée de main. Je n'oubie pas de rabbattre la capuche de mon duvet et de serrer la collerette anti-froid autour de mes épaules (imaginez une multitude de scratchs, zip et  cordons qui se serrent dans tous les sens). Le meilleur moment reste à venir : passer la nuit à chercher le compromis entre avoir chaud mais mourir étouffée ou être libre de mes mouvements mais mourir congelée. Et le matin je me réveille avec de multiples courbatures issues de cette bataille sans pitié, atteinte de panique à l'idée de ne jamais retrouver le scratch qui me permettra d'ouvrir mon duvet pour rejoindre l'athmosphère glaciale de la tente.

Je n'aime pas le froid.

Pourtant, la plage est une zone de bivouac extraordinaire. Si on ne tient pas compte du réveil particulier qu'est le tir du chasseur. Dès 7h du matin, nous sommes encerclés par une dizaine de fusils. Nous sortons nos gilets jaunes fluo et enchaînons tout notre stock de chansons paillardes pour marquer la différence avec le gibier…  

 

Cap au sud donc. Les oiseaux migrateurs suivent tous la même direction en cette saison. Ainsi, nous rencontrons Thomas et Benoît, partis de Haute-Savoie quelques jours auparavant. Ils roulent vers Dakar. On discute, on pique-nique ensemble sur la plage de Sète, et puis tout-à-coup quelqu'un crie dans mon dos " Tabernac, Rosy ! ". Pas de doute possible, c'est John et Fanny, les québécois rencontrés en Camargue. Nos routes se croisent à nouveau : les cyclo-migrateurs suivent tous la même route, celle de la mer. Nous décidons de bivouaquer tous les six sur la plage en partageant nos quelques vivres.  

 

Ce sera notre dernière nuit sur la plage. Depuis, nous essayons de nous arranger pour dormir chez des gens, en faisant marcher les réseaux d'hospitalité, principalement Hospitality Club et Servas. Un grand merci à tous ceux qui nous accueillent sur notre route.

 

L'hiver est maintenant arrivé et nous sommes toujours sur les routes.

Les premières difficultés apparaissent.

Le froid est, vous l'aurez compris, un sacré handicap pour moi, surtout couplé avec le passage à l'heure d'hiver.

Le moyeu de ma roue arrière a tiré ses dernières cartouches. Il faut savoir que, sans moyeu, impossible de pédaler. Me voici donc condamnée à attendre le retour de Nico, parti au village voisin acheter une nouvelle roue, assise au milieu de nul part, sur une étroite bande de terre  entre ciel et mer, avec mon vélo estropié et l'ensemble de nos sacoches, pendant que les promeneurs m'observent d'un drôle d'œil laver quelques chaussettes…

Notre sacoche de cadre, qui contient tous les outils, des rustines au dérive-chaîne, nous a été dérobée. Heureusement, nos autres sacoches n'ont pas intéressées notre truand. C'est la deuxième fois que ça nous arrive (la première fois à Rennes, avant de partir), c'est décidé, nous n'acheterons plus de sacoche de cadre. Laurent, chez qui nous logions ce soir-là, nous a gentiment donné un multi-outils et nous avons dû racheter le reste, que nous gardons dans une autre sacoche désormais. On nous avait prévenu que les vols étaient fréquents dans le sud, et même les locaux nous mettent en garde. Depuis, nous ne quittons plus nos vélos.

Nous avons aussi capitulé devant la Tramontane. Fatigués par plusieurs jours de vélos sans interruption, désireux de rejoindre Perpignan au plus vite, nous avons préféré prendre le train à Narbonne. Les rafales à plus de soixante km/h nous déportaient dangeureusement sur la route fréquentée, au milieu des conducteurs pas toujours très prudents.

 

Perpignan, ville catalane, au regard tourné vers Barcelone. Nous sommes au pied des Pyrennées, et déjà presque plus en France. Ici oliviers, cactus, orangers, citronniers et palmiers poussent à tous les coins de rues. Il paraît même qu'on trouve des avocatiers aux environ de Banyuls  Et si je vous parle des nefles, des kumquat, des kakis ou encore des  fedges ? Me croyez-vous si je vous dis avoir croisé ces fruits curieux dans des jardins de Collioure ?

 

Enfin, après quelques jours de repos nécessaires à Perpignan et à Collioure, nous voici prêts à affronter notre dernière ligne droite. Si tout se passe comme prévu, notre prochain billet sera  posté de Barcelone, où nous pensons arriver samedi 29 novembre.

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C
trop fort!!!on vibre avec vs!!!en plus il me semble qu à chaque fois les textes sont de +en+ profonds...et chargés d émotions ils ns laissent tt palpitants attendant avec impatience la suite !!! c est super on a l impression d etre avec vous ...bisous christian maryv
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N
<br /> Coucou !! Alors on va continuer ! c'est cool que ça vous plaise. Pleins pleins de bises !<br /> <br /> <br />
A
Bonjour les amis,<br /> Que de poésie en ce texte!<br /> C'est magnifique. De très belles photos aussi à propos de l'amour, de l'être, de la nature qui en son fondement ondule entre le vide et le plein, la distance et la proximité.<br /> C'est surprenant comme ces moments de flou sont à la fois des moments d'extrême richesse, c'est exaltant de prendre de nouveau conscience que le vase ne peut se remplir que lorsqu'en son sein subsiste du vide.<br /> <br /> L'environnement dans lequel vous évoluez récemment semble très hostile et vous irradier sensiblement, mais courage mes amis cela ne durera qu'un temps. Quelles expériences extraordinaires et pourtant si simples vous vivez!<br /> Rappelez vous que nous sommes là, et que nous vous soutenons, que de temps en temps l'on se dit : "Tiens! Nico et Rosy doivent être ici ou là-bas, à croiser tel ou tel chemin, à continuer d'avancer par beau temps ou par tempête" et que cela fait glisser un sourire sur nos lèvres et nous aident à vivre au milieu des cités bétonnées.<br /> Je vous aime les amis,<br /> Antho
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R
<br /> La poésie appele la poésie... C'est chouette, merci pour ce beau message qui fait chaud au coeur. J'aime l'idée qu'à certains moments, vos esprits se tournent vers nous, et qu'une petite fenêtre<br /> s'ouvre alors sur le déroulement de nos mollets et qu'à travers cette vignette, vous avez un apercu du petit film qui se déroule sous nos yeux au quotidien ... Lorsque les moments sont<br /> durs, nous pensons à notre tour à tous ces soutiens dont vous nous faites preuve et ça nous redonne de la vigueur ! Et ces derniers jours, à en croire la force du vent qui nous pousse vers<br /> Barcelone, il doit y avoir du monde derrière nous ! Rosy Tu m'as dit que tu allais poster un commentaire, tu ne fais pas semblant ! Tu es sacrément inspiré mon pote. Tu nous dis de belles choses,<br /> merci. Ca me fait plaisir que tu sois touché par notre expérience. Merci mon ami. Ca y est on est à Barcelone, les derniers jours étaient ouf tellement y avait du vent, on a cru qu'on allait<br /> s'envoler ! Nico<br /> <br /> <br />
C
Salut les aventuriers, un coucou du bout du monde (de la France), je viens de parcourir vos exploits, ça laisse tout de même rêveur.<br /> Que d'aventures, ca va faire une sacrée soirée diapo à votre retour!<br /> Profitez donc bien de ce voyage.<br /> <br /> Sinon nico quand tu m'appelles à 16h j'ai beau être un fainiant de prof je suis quand même en classe :-)<br /> <br /> Bisous à vous et à vos pieds! (je suis un fou!!)
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R
<br /> <br /> Salut salut ami finistérien ! Ca fait toujours plaisir d avoir des petites nouvelles. Effectivement, il y a beaucoup de photos de prises, ca va etre dur de faire du tri pour l expo (ca fait plus<br /> classe que soiree diapo, j imagines deja tout le monde entrain de roupiller sur les canapes avec le ronron de la machine en marche !! ) Biz biz Rosy<br /> Salut Cywil ! Ouais les enfants sont pas encore sortis de l'école à cette heure là, mais tu sais sur mon vélo je suis un peu déconnecté du monde réel. J'essaie de te rappeler plus tard. On<br /> t'apportera nos pieds quand on rentrera, promis ! Bises Nico<br /> <br /> <br />