Los Calapiés en Espana
C'est toujours un bonheur de voyager en France et d'être chaque jour admiratifs face à la variété et à la beauté de ses paysages. La Méditerranée nous dévoile chaque jour de nouveaux attraits. De la pureté des plages de sable fin étirées jusqu'au pied des Pyrénées, ponctuées de stations balnéaires plus ou moins attrayantes, à l'éclat de sa côte sauvage, où la puissance des Pyrénées rencontre la vaste étendue de la Grande Bleue. La Côte Vermeille est accidentée, des criques se sont formées çi et là, de petits villages de pêcheurs sont venus se nicher au cœur de ces calanques : Port-Vendres, Banyuls sur mer, Cerbère. Une lumière unique se répand sur ces falaises. Rien d'étonnant à ce que le fauvisme soit né sur ces terres au début du siècle dernier, à Collioure, cité des artistes.
Ce découpage particulier se poursuit de façon symétrique une fois la frontière franchie. En revanche, sans être chauvine, les villages de Port-bou et Coléra sont quant à eux assez ternes, vides et semblent croupir en attendant le retour de l'été.
La Costa Brava (Nord-est de la Catalogne) mérite vraiment le détour, malgré les horribles cités balnéaires construites dans les années cinquante, véritables cages à lapins le long d'une côte pourtant magnifique.
Finalement, la traversée des Pyrénées aura surtout été l'occasion d'admirer la magie de la rencontre entre la mer et la montagne, espaces naturels desquels se dégagent une véritable force.
D'autant plus que, dès notre départ de Perpignan, nous sommes propulsés en direction de Barcelone par un puissant vent du nord, la Tramontane. Des rafales à plus de 100 Km/h nous font littéralement gravir les montagnes, plus besoin de pédaler dans les côtes, c'est magique. Comme si nos vélos étaient équipés d'un turbo ! L'ennui, c'est que la route qui nous mène à la frontière longe la mer. Et donc suit le relief, et les criques. A chaque passage de col, nous sommes tellement poussés par le vent que nous perdons le contrôle de nos vélos. Personnellement, je suis totalement dominée par les brusques mouvements de ma monture. Emportée vers le bas-côté, frôlant dangereusement le fossé, incapable de rétablir mon vélo dans l'axe, je freine brutalement. Je suis maintenant bloquée sur le bord de la route, en plein dans la rafale, cramponnée à mes poignées de freins, le dos bombé contre le vent. Dès que je tente de repartir, mon vélo décide seul du cap à suivre. Pas facile de le remettre dans le droit chemin. Et le meilleur reste à venir, puisqu'une fois le col gravi, bien souvent la route change d'orientation et nous nous retrouvons alors avec la tempête de plein fouet ! Cloués sur place alors que nous sommes en descente, il faut pédaler tout en étant vigilants aux violents écarts du vélo. Bref, ce passage de frontière était vraiment épique. Nous avons même eu l'impression d'être aspirés dans une sorte de vortex alors que nous passions sous un tunnel et que nous étions catapultés à plus de 25 Km/h sans pédaler. C'est assez curieux comme sensation.
Avant de passer la frontière, j'ai eu ma mère au téléphone, qui me dit pour nous encourager " On est derrière vous ". A en croire la force du vent, il devait y avoir du monde !
Le passage des Pyrénées s'avère donc plus simple que prévu, même si la Tramontane est particulièrement éprouvante et demande vraiment beaucoup de concentration. Ce petit coup de pouce nous permet tout de même de parcourir de belles distances une fois les Pyrénées dépassées qui s'éloignent alors de nous à vue d'œil.
Nous survolons le nord de la Catalogne. Il faut dire que nous sommes assez pressés d'arriver. Je ne profite plus vraiment de ce qui m'entoure. J'ai besoin de repos. Le froid et la fatigue accumulée du voyage commencent à me peser, j'ai hâte d'arriver à Barcelone pour retrouver mon frère et son amie. Prendre le temps d'intégrer toutes ces découvertes, reposer un peu le corps qui commence à râler, et puis aussi se ressourcer auprès de la famille et retrouver un peu de calme et d'intimité.
Pour que les derniers jours ne soient pas trop éprouvants, nous prévoyons de dormir au chaud. Nous avons repéré quelques auberges de jeunesse sur notre route. Arrivés à Llança, après avoir traversés les Pyrénées, nous trouvons l'auberge…porte close ! Fermée deux jours pour travaux. C'est bien notre chance. Le vent siffle autour de nous, la nuit commence à tomber, l'atmosphère est glaciale, le village triste à mourir. Perspective réjouissante. Je me vois déjà somnoler toute la nuit sur un banc de gare… Ne nous affolons pas, l'office du tourisme est ouvert, le monsieur parle un français tout à fait honorable et nous renseigne sur les multiples alternatives d'hébergement. Il existe en Espagne une formule très intéressante, les "pensio", où il est possible de louer une chambre au confort rudimentaire pour une trentaine d'euros, soit le prix d'une auberge de jeunesse pour deux. Bien à l'abri sous nos couvertures, nous écoutons avec plaisir la tempête s'engouffrer dans la rue et chahuter les pins…
Nous y aurons recours une deuxième fois à Tossa Del Mar. J'aime bien ces petits hôtels un peu miteux, tenu ici par un catalan trapu qui baragouine de l'espagnol cigare au bec.
En revanche à Palamos, une rencontre tout à fait providentielle nous permet de passer une excellente soirée en compagnie de Jean-François, Blandine et leur fils Lucas, installés en Espagne depuis plusieurs années. Vive la solidarité des voyageurs ! Après plus de 75 Km et au vu des températures particulièrement fraîches, nous sommes vraiment ravis d'avoir croisé la route de ce franco-cyclo.
Pressés d'arriver et conseillés par de nombreuses personnes dont Jean-François, cycliste aguerri, nous suivons l'avis général et achevons les trente kilomètres de Mataro à Barcelone en train. La route qui longe la mer pendant soixante kilomètres avant Barcelone est vraiment infernale, dangereuse et absolument sans intérêt. Nous rangeons donc notre orgueil au fond d'une sacoche et admirons le coucher de soleil sur une Méditerranée complètement déchaînée (phénomène assez rare !) dans le train qui nous mène quasiment jusqu'à l'appartement de mon grand frère.
Nous sommes bien contents d'être arrivés. Au programme du mois de décembre, repos, cocooning familial, apprentissage de l'espagnol et recherche de WWOOF pour les mois de janvier et février. Nous prévoyons de reprendre la route mi janvier, d'ici là nous profitons de la ville et de Simon et Soizic.