Un Noël dans une famille espagnole
L'ambiance de Noël règne dans la rue, les décorations ont assiégé les vitrines, quelques retardataires s'affairent de boutiques en boutiques pour achever les préparatifs du plus grand dîner de l'année, tout le quartier est en effervescence. Je me fraie un passage au milieu de cette agitation, le cœur un peu serré. Nous avons déjà eu l'occasion de passer Noël à l'écart de notre famille, en 2006, lorsque nous travaillions dans les Alpes pour la saison d'hiver. Alors que toute ma famille est réunie ce soir chez ma grand-mère en Bretagne, un vague sentiment s'empare de nous, celui de ne pas être à notre place.
Mais ne nous laissons pas envahir par la mélancolie, pour la bonne raison que nous devons également nous préparer pour cette soirée particulière, car nous sommes invités chez Luis et Maria Carmen.
Luis et Carmen sont des amis de longue date d'une amie de ma mère. Ces deux êtres généreux nous ont gentiment conviés à partager leur table dès qu'ils ont su que nous étions seuls à Barcelone pour les fêtes.
Apprêtés pour sortir, nous sommes coquets, accompagnés d'un bouquet de fleurs, d'une boîte de Ferrero Rocher et d'une bouteille de Cava (champagne catalan) pour nos hôtes. Le rendez-vous est fixé à 21h, heure espagnole. Réunis pour la soirée, Maria Carmen et Luis, leur fille Rachel, qui vit en Galice, âgée de 22 ans, et leur "belle-fille", Mariana, âgée de 25 ans, dont la famille vit en Uruguay ; leur fils n'ayant pas pu se libérer de son travail passe le réveillon dans une autre région d'Espagne.
Tandis que Carmen parle très bien français, son mari le comprend un peu, mais Raquel et Mariana pas du tout. En revanche, ces dernières parlent un peu d'anglais. Quant à notre espagnol, il est encore très rudimentaire. Les trois langues se sont donc mélangées pendant la soirée, afin de pouvoir tous communiquer ensemble, ce qui nous a tout de même permis de faire quelques progrès en espagnol, au moins dans le domaine de la compréhension.
Pour les gastronomes, au menu… En entrée, des "pica pica", c'est-à-dire plusieurs petits plats à picorer : des coques, quelques fruits secs, un peu de poisson... Poursuivons avec du filet-mignon de porc, sauce aux raisins et aux noix de cajou (sans légumes, ce qui est courant en Espagne), le tout accompagné d'un vin espagnol rosé légèrement pétillant (bon, j'avoue que pour des Vendangeurs aguerris, la transition est difficile !). Pour le dessert, Carmen a préparé l'inévitable crème de Touron, confiserie traditionnelle des fêtes de famille. Il existe plusieurs sorte de Tourun, celui d'Alicante ressemble légèrement au nougat. Pour terminer ce festin, nous avons ouvert la bouteille de Cava, que nous avons dégusté accompagnée de toutes sortes de chocolats et bonbons de Noël.
Rien ne manque, ni l'imposante crèche de Noël, ni les traditionnels chants religieux. Bien que le nombre de catholiques pratiquants ne cesse de baisser, l'Espagne est un pays marqué par les traditions religieuses. D'ailleurs, l'Espagne est le dernier pays latin qui n'a pas (encore) suivi le modèle du Père Noël, et les cadeaux sont distribués le 6 Janvier, jour de l'épiphanie et de l'arrivée des Rois Mages. Le 24 décembre est l'occasion de fêter la naissance de Jésus et de se retrouver en famille pour le plus grand dîner de l'année.
Après ce copieux repas, Raquel nous propose de rester et invite trois amis à prendre un verre chez elle. Ils arrivent après la messe de minuit, la "messe du coq" (nommée ainsi en Espagne car le coq est considéré comme le premier annonciateur de la naissance de Jésus) et nous poursuivons la soirée entre "jeunes", jonglant à nouveau entre l'espagnol, l'anglais et le français (une des amies de Raquel parle très bien français) jusqu'à une heure avançée de la nuit.
Nous partageons à nouveau le repas du 25 décembre avec la petite famille, moins Marina partie rejoindre son petit-ami, le fils de Luis et Carmen, à Madrid.
Ce Noël de "substitution" était vraiment royal. Nous avons vraiment été accueillis comme si nous étions de la famille. Chacun faisaient des efforts pour nous permettre de suivre la conversation et de participer à la bonne humeur générale. Leur attitude était vraiment formidable.
C'était un chouette Noël et nous étions vraiment heureux de rencontrer cette famille en or et de pouvoir partager cette soirée en leur compagnie.
D'autant plus que nous aurons le plaisir de nous retrouver en famille pour célébrer l'arrivée des Rois Mages, puisque mes parents, Simon et Soizic arrivent à Barcelone le 3 janvier. Mes parents passent quelques jours avec nous en Espagne, avant que nous repartions pour de nouvelles aventures cyclestres.