Les amoureux des vendanges, deuxième !


Après quelques jours de repos au Château Bonnet, nous avons rejoint une autre équipe, une autre région, pour une autre aventure. Accompagnés de Maud, une amie rennaise, nous avons pris le train pour Beaune vendredi 26 septembre, pour commencer les vendanges le lendemain, chez Patrick et Marie-Thérèse Germain, dans le petit village de St Romain.
A chaque équipe son ambiance comme je le disais dans le précédent article, mais toujours la même richesse humaine.
Pour la campagne bourguignonne, la plupart des étudiants ont repris les cours. Nous travaillons donc avec beaucoup de locaux qui ne viennent qu'à la journée. Nous sommes une vingtaine à dormir au domaine et nous sommes amenés à cotoyer certaines personnes qui n'ont vraiment rien à voir avec notre univers de référence et qui sont parfois aux antipodes de notre vision de la vie. Le mélange n'est que plus enrichissant.
Une année Patrick (notre patron) nous expliquait que les vendanges, c'est une sorte de concentré du service militaire. En ce sens que des personnes d'horizons radicalement différents se retrouvent à vivre et à travailler ensemble en équipe.
Un "ancien" des Germain, Sergio, qui est fromager en Belgique, me demande au cours d'une soirée comment se passe les vendanges en Beaujolais. Je lui explique que l'équipe est très différente, que nous sommes plus nombreux et que pour une vingtaine de jeunes entre 20 et 30 ans, tous assez semblables, il n'y a que quelques "anciens". "Vous devez préférer l'ambiance du beaujolais alors ?" . Au contraire, si j'aime l'esprit "colonie de vacances festive" de Château Bonnet, j'adore également faire la fête avec Sergio, Hervé ou Raoûl, qui ont sûrement tous plus de 50 ans, qui ont travaillé à l'usine ou ailleurs, et qui nous amène bien souvent à remettre en question nos préjugés.
Il y avait encore des portraits remarquables à croquer cette année. J'ai beaucoup aimé pendant les repas prendre quelques minutes, le temps de regarder, d'écouter, d'admirer toutes ses tranches de vie. L'accent bourguignon de Yves qui roule dans les airs, l'air malicieux de Dédé, les sourcils broussailleux de Sergio, le regard attentif du patron, toujours prêt à vider la carafe sur la nappe pour arroser son voisin, la gentillesse infinie de notre cuisinière Monique, l'attitude sage de Michel, les expressions de la "TéCi" de Cyrille, né à Villiers Le Bel...
La campagne bourguigonne est à l'image de cette équipe, pleine de charmes. Les vignes grimpent le long des collines, parsemées de bois et longées de petits murets en pierre sèche. Le village de St Romain est une véritable carte postale, avec ses petites ruelles qui serpentent le long de maisons traditionnelles en pierre claire. Beaucoup de volets sont malheureusement fermés. Il semblerait que certains habitants redoutent l'ivresse des vendangeurs. Mais St Romain est aussi, comme tant d'autre à l'heure actuelle, un village envahi par les étrangers, où les batisses ne sont habitées que quelques jours par an. Il n'y a pas de commerces, seulement une petite école. Francis, le bras droit du patron, nous avait même dit une année que ce village est sous la coupe de quelques riches propriétaires, qui bloquent toutes les initiatives pour ouvrir St Romain à l'extérieur, notamment en matière de logement sociaux etc. St Romain est micro village qui se laisse vivre.
De petites touches flamboyantes ont pris place ça et là autour de nous. Le temps de cette campagne bourguignonne, l'automne nous est tombé dessus, sans prévenir.
Les collines s'enflamment à vue d'œil. D'un jour à l'autre, l'automne gagne du terrain, embrasant ci et là de plus en plus d'arbres. En à peine une semaine la campagne s'est métamorphosée pour revêtir ses couleurs automnales. Et depuis la fin de la campagne chez les Germain, la bruine s'est installée, le froid nous rattrape, il y a même eu une gelée blanche un matin.
En tant que cycloroutards, vous conviendrez que le climat est d'une importance primordiale pour nous. C'est pourquoi nous repérons rapidement les évolutions qui ont lieu autour de nous. Voyager à vélo procure une réelle sensation de liberté, mais cette dernière reste conditionnée par certains impératifs. J'ai répété à l'envie avant notre départ que le cyclotourisme nécessite de s'adapter au quotidien. Notre autonomie développe des paradoxes. Le vélo nous offre une liberté qui contient des restrictions. Le climat est l'une d'elles, notre lenteur de déplacement aussi. Et depuis que nous sommes partis, nous essuyons régulièrement des contre-temps.
Ainsi, nous avions prévu de faire les vendanges en Haute Savoie après la Bourgogne. Or les Savoyards ont modifié leur planning et ont décidé de ne vendanger que le week-end. Nous avons jugé que ça ne valait pas la peine de se déplacer avec tout notre bazar pour deux jours. Désoeuvrés en partant de chez Patrick Germain, nous rencontrons Arnaud, viticulteur à Nuit St Georges, qui nous propose éventuellement de travailler pour lui le week-end suivant. Et à la fin de la campagne, Cécile, une camarade de vendange qui réside à St Romain, nous a proposé de passer quelques jours chez elle pour nous reposer (un grand merci à elle pour son accueil simple et chaleureux, une belle rencontre comme on les aime). Finalement, tout s'enchaîne plutôt bien. J'ai attrapé pendant les vendanges un vilain coup de froid qui commence à s'estomper, alors que Nico, lors d'une soirée, disons, bien arrosée pour rester polie, s'est joliment amoché le bras droit [égards dus à la variété des personnes consultant ce blog, je ne m'étendrais pas sur les circonstances de cette chute ;-) ]. Ces vacances improvisées chez Cécile nous ont donc permis de nous remettre d'aplomp, et de patienter en attendant les vendanges en Hautes Côtes de Nuit.
Certaines questions persistent pour la suite du programme. Il s'avère que nous avons dû envoyer début septembre un duvet en réparation. Nous pensions aller rendre visite à une amie à Chambéry après les vendanges savoyardes. N'ayant pas d'adresse fixe et ne sachant pas exactement où nous serions ni quand, nous avons choisi de donner son adresse pour se faire réexpédier le colis. Les plans ont bien changé depuis, mais nous devons tout de même aller chercher notre précieux accessoire. Irons nous en train, avec les frais que ça implique ? Ou irons nous en vélo, avec l'automne déjà bien installé ?
Et par la suite, allons nous rejoindre au plus vite la Méditerranée ? Ou bien la douceur provençale nous permettera t'elle de profiter plus longtemps de la France, et éventuellement de trouver un petit boulot de cueillettes dans la Drôme, ou ailleurs ?

