Le long de la Charente... Retour
Fatigués et légèrement malades, notre moral faiblit durant les jours précédant notre arrivée sur Bergerac. Le voyage à vélo nous plaît toujours autant, mais justement, nous ne sommes plus vraiment en voyage. Nous sommes en mode "déplacement" et le paradoxe d'être sur le chemin du retour sans encore arriver nous déroute. Et puis il y a l'angoisse des nuits froides. Car si le printemps dore nos visages pendant la journée, les températures chutent violemment une fois le soleil couché.
Nous évincons rapidement cette difficulté grâce aux réseaux d'hospitalité, Hospitalityclub et Couchsurfing, qui nous permettent de trouver un toit pour la nuit.
Je tiens d'ailleurs à saluer la générosité et la gentillesse de nos hôtes et à les remercier sincèrement. Je le crie haut et fort, les français sont accueillants et ouverts. Nous avons rencontré des jeunes et des moins jeunes, voyageurs ou casaniers, mais avant tout chaleureux et enthousiastes. A travers ces rencontres, nous avons perçu beaucoup de générosité, de désir de partage, d'ouverture d'esprit.
Pour une fois, je voudrais faire un peu de militantisme optimiste. Sensibilisés à l'écologie, dépassés par la "crise" sur laquelle nous n'avons aucune prise, nous avons été à la fois réjouis et rassurés de constater chez chacun de nos hôtes une sensibilité écologique et des préoccupations sociétale qui se manifestent au quotidien. Les initiatives sont multiples, achat de produit bio et rejet des pesticides, adhésions aux AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, achat direct au producteur des denrées sous forme de panier, évidemment de saison et produites de façon raisonnée), par un mode de consommation sain et orienté vers les productions locales et de terroir (pain maison, poules...). Grâce à ces échanges bonifiants et encourageants, nous avons constaté que des initiatives personnelles et locales naissent ici et là, se développent, se propagent. Or d'après nous, le changement ne viendra pas d'en haut, mais de prise de responsabilité individuelle et concrète.
D'haltes en rencontres, nos roues nous mènent doucement en Charente, terre de mes aïeux, pays du Cognac.
Après l'initiation au pineau en juillet dernier, dans la vieille cave de mon grand-père, nous complètons nos connaissances du terroir charentais avec la dégustation de son eau-de-vie. Grâce à nos hôtes, Sophie et Ludo, le Cognac n'a plus de secret pour nous. Nous sommes initiés lors d'une soirée très agréable aux arômes, aux millésimes, aux terroirs et aux appelations du Cognac, et explorons le lendemain les mystères de la distillation et du vieillessement, au milieu des alambics en cuivre et des alignements de fûts de chêne et apprenons que c'est l'alchimie qui se créée entre l'eau-de-vie et le bois du fût qui procure au Cognac sa personnalité, sa robe ambrée et ses arômes, caramels, cafés ou vanillés.
Nous retrouvons la Charente et sa douceur de vivre. Les paysages nous sont familiers. Nous retrouvons les vastes prairies où paissent de tranquilles de vaches limousines, au milieu des fermes et vieilles granges où s'accumulent tuyaux, chaînes rouillées, commodes anciennes et bancales, seaux, rateliers, bottes de foins, pièces en métal et accessoirement deux cycloroutards frileux. Nous avons demandé dans cette ferme un abri pour planter notre tente et nous protéger du froid.
L'accent de cette mamie qui me propose un café avant notre départ m'est si familier dans cette maison centenaire sur laquelle le temps et la modernité n'ont pas de prises. Quelque part, pour moi la Charente, c'est un peu la maison. Car ici s'enracinent mes origines paternelles.
Et détrompez vous, nul besoin d'explorer de lointaines contrées pour vivre des expériences gustatives surnaturelles. Si bien que nous énonçons après ce café une nouvelle règle d'or du voyageur à vélo : toujours refuser des biscuits secs s'ils ne sortent pas d'une boîte clairement identifiée. Je pense que ceux que nous avons naîvement acceptés croupissaient dans cette assiette depuis trop longtemps, peut-être des années, intégré au décor de ce vieil intérieur charentais, n'ayant pas forcément pour fonction principale d'être mangés.
Retrouver des paysages familiers et se rapprocher de la maison nous redonnent du cœur à l'ouvrage. Notre petit coup de mou "post-toulousain" est derrière nous et plus rien ne nous arrête désormais vers la Bretagne.