Willkommen in Deutschland

Publié le par Rosélène et Nicolas

A voir aussi les photos dans l'album Allemagne et les dernières photos des Pays-Bas dans l'album 06. Nord Angleterre et Pays-Bas


28 juillet 2009

 

Les Pays-Bas. Curieux pays qui flotte sur l'eau, morcelé, fragmenté en îles, îlots, tantôt naturels, tantôt décrochés du continent par les marées, parfois artificiellement créés par l'Homme.

Symbole de ce plat pays, le vélo. Il y aurait aux Pays-Bas davantage de bicyclette que d'habitant. Ici, les regards ne se détournent plus sur notre passage. Les cyclos ont envahi les lieux et le meilleur moyen de se fondre dans le décor est encore de pédaler !

Rien de plus facile d'ailleurs dans un pays où le vélo est roi et force le respect des automobilistes. Il n'est même plus nécessaire de s'en soucier puisqu’un réseau balisé dense et complet de pistes cyclables quadrille le pays. Il n'y a qu'à se laisser porter, vent dans le dos, cap sur la frontière allemande.

Ces pistes cyclables nous permettent d'apprécier la campagne hollandaise, malgré l'urbanisation et l'industrialisation massive. Car après trois semaines à arpenter l'Écosse sauvage, le changement est rude !

Les canaux ont remplacé les murets en pierre sèche, moulins, vaches et nuages défilent.

Nous retiendrons de notre traversée néerlandaise l'accueil de Job et Martine à Amsterdam et des parents de Job, Metta et Franz, à Diepenheim, qui ont transformé ce transit imprévu par les Pays-Bas en halte ressourcante et agréable.

 

Arriver à Amsterdam c'est pour nous reposer les roues sur le continent Europe. C'est enfin mettre cap sur Istanbul. Et l'Allemagne marque pour nous le dernier pays familier avant de franchir la barrière de l'Est, de l'inconnu.

Traverser la frontière entre les Pays-Bas et l'Allemagne, c'est passer d'un champ à un autre, seuls les panneaux de signalisation ont changé. Mais c'est avec des sentiments mitigés que j'appréhende ce nouveau pays. Mes retrouvailles avec l'Allemagne ravivent de vieux souvenirs. L'allemand, que je m'étais juré d'oublier après le Bac. Mission réussie, et aujourd'hui, c'est un vrai défi de le reparler.

« Les Allemands parlent tous anglais voyons », est une réplique que nous avons souvent entendue hors de ses frontières. À Francfort peut-être ! Mais dans les petits villages de campagne que nous traversons, l'allemand est de rigueur. Dès la première soirée, la piqûre de rappel est douloureuse ! Néanmoins, la bonne volonté de nos hôtes, ainsi que quelques leçons de relance me permettent de retrouver les bases de cette langue germanique décidément loin d'être intuitive… 

 

Nous commençons alors à réaliser concrètement ce qui nous attend de « l'autre côté », en Europe de l'Est. Car pour nous, passer en République Tchèque, c'est franchir une frontière entre deux mondes, du familier à l'inconnu.

 

Mais nous ne pensions pas rencontrer cette frontière si vite.

 

Le 24 juillet, après quasiment dix jours en Allemagne, nous décidons de nous avancer de quelques centaines de kilomètres entre Holzminden, au sud d'Hanovre, et Dessau, au nord de Leipzig, sur l'Elbe, afin de pouvoir être en République Tchèque début août.

Mais ce saut spatial nous projette sans prévenir en Allemagne de l'Est. Le dépaysement est immédiat, pas de doute. Ces quelques heures de train nous ont fait changer de pays. Quelque chose dans l'ambiance s'est modifié. Et puis il y a ces bâtiments, rectilignes, froids, et décrépis. Des entrepôts désaffectés, des murs fissurés, des fenêtres murées, des immeubles morts. Dans les centres-villes, les façades ont été repeintes de couleurs vives. Mais la peinture est encore fraîche, et elle ne parvient pas à décrocher notre regard de ces façades gris anthracite, usées, témoins d'un passé terne et morose.

Ces sensations sont vite confirmées, à peine une heure après notre arrivée. Nous sortons de la ville de Dessau et cherchons, comme à notre habitude, un jardin pour passer la nuit. À la sortie d'un village, quelques personnes sont attablées devant une maison et nous observent.  Nous allons à leur rencontre et je m'adresse à eux dans mon piètre allemand. Deux réponses opposées fusent en cœur. Le débat qui s'ensuit donne une issue favorable à notre requête et nous voici installés sur le petit bout de pelouse au pied de nos hôtes pendant que la discussion reprend de plus belle derrière nous « Mais ce sont des jeunes voyons, que veux-tu qu'il se passe ? » De nouveaux arrivants viennent grossir le groupe et on nous invite à boire un café en leur compagnie. Ce qui me donne l'occasion de satisfaire davantage leur curiosité. Une dizaine de regards sont suspendus à mes lèvres et Petra s'exclame joyeusement « Istanbul !! Vous êtes fous ! je ne viens pas avec vous ! »

La conversation se poursuit alors que deux grosses saucisses nous atterrissent sur les genoux. Nous ne comprenons pas vraiment où nous sommes. C'est une sorte de « bistrot amical du village », un peu en marge, où se retrouve tous les vendredis et samedis soirs la troupe qui nous entoure. Petra, qui monopolise l'attention avec son entrain et sa forte voix, son mari Hoster, soudeur pour une entreprise aux Pays-Bas, Günter, peintre retraité aux magnifiques bretelles ornées de marmottes et de loups, Max, ancien marin, qui a appris l'anglais et l'espagnol dans les ports, Reinhard et ses lunettes fumées, heureux de pouvoir pratiquer son anglais avec nous, lui aussi autodidacte, Horst, qui n'ouvrera pas la bouche de la soirée, quelques autres encore et puis Klaus, "le chef", notre hôte.

D'ailleurs, la soirée commence à être animée. Bières et schnaps ont remplacé le café. « Skôl » La fiole de liqueur est à boire d'un trait, sans bavures, et à reposer à plat sur la table, c'est la tradition. « Bienvenue en Allemagne de l'Est ! » Les remarques à ce sujet fusent et on nous fait bien comprendre qu'ici, ce n'est pas l'Ouest. Tous ont appris le russe à l'école et pensent que la réunification sera longue avant de retrouver un pays uni. Ils ont tous la soixantaine et font partie de cette génération qui a vécu plus de temps sous le régime de l'URSS qu'en Allemagne. Et cette époque les a beaucoup marqués, sans que nous réussissions à savoir vraiment dans quel sens. Le chômage d'aujourd'hui et la piètre qualité des logements semblent être des préoccupations fortes.

En plus d'avoir fait un bond spatial, nous avons désormais l'impression de voyager dans le passé et de vivre les récits des livres d'Histoire.

« Nasdrovié » émerge. La chaleur de l'accueil est là, nous sommes intégrés. Tandis que je cherche à saisir les émotions de mon voisin Reinhardt au sujet de l'Allemagne et des nombreux changements qu'elle a subis dans un passé récent, Nico se dépatouille en quatre langues avec Petra au sujet des bretelles de Günter… La soirée est vivante, l'alcool coule à flots, la barrière de la langue est tombée. C'est une des soirées qui resteront gravées dans l'histoire de notre périple.

 

Notre parcours en Allemagne de l'Est est ponctué de rencontres, d'anecdotes et de questionnements. Nous poursuivons notre progression, toujours plus vers l'Est. Au moment où j'écris ces dernières lignes, nous sommes à quelques tours de roue de la République Tchèque. Nouveau pays, nouvelle langue. Mais pour la première fois depuis que nous voyageons, nous allons être confrontés à un idiome inconnu. J'avoue que cette perspective nous impressionne tous les deux. L'idée de ne pas pouvoir parler, de ne pas savoir demander où est le supermarché, notre route ou encore un bout de jardin pour la nuit ! Mais espérons que le langage du voyage est universel...

Publicité

Publié dans Carnet de route Europe

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Super cet article, j'ai bien rigolé !!<br /> J'espère que vous avez pris les bretelles de Günter en photo ! Je file voir l'album. Bisous
Répondre