Hasta luego Andalucia
Cette fois c'est fini, nous quittons l'Andalousie. Au moment où j'écris ces lignes, le car nous emporte vers le Nord, en direction de Barcelone. Les dernières montagnes andalouses se découpent sur l'horizon si bleu qu'il en est presque insultant.
Nous quittons Monda le 1er mars. Le sourire aux lèvres car nous amorçons notre retour aux sources. Fini les tours détours et boucles en tout genre, nous mettons le cap sur la maison ! Encore une semaine à vadrouiller en Andalousie avant de prendre notre car à Grenade mais ce premier jour du mois marque pour nous notre retour vers la Bretagne.
Nous avons déjà eu l'occasion de le constater, l'Andalousie est une terre de surprises et il faut être prêts à s'attendre à tout. Ainsi, dès le lendemain de notre départ, le soleil et la chaleur laissent la place à une pluie fine mais persistante qui nous bloque sous la tente. Des intempéries sont annoncées pour toute la semaine. Après trois semaines sédentaires ensoleillées. Il faut se faire à l'idée que l'Andalousie n'est jamais là où on l'attend. Alors, même si c'est une journée parfaite pour ramasser les escargots, tant pis, on prend le risque, nous lançons nos vélos à l'assaut des gorges d'El Chorro.
Nous oublions rapidement nos déboires climatiques, récompensés par des paysages sensationnels. Nous grimpons au milieu de montagnes insolites et la pluie n'enlève rien au charme de ces rochers aux formes arrondies creusés par l'érosion. Cette ascension nous offre un magnifique panorama sur le lac de Guadalhorce et ses eaux vert jade. Plus de maisons construites anarchiquement pour dénaturer la beauté des massifs, seulement de la roche, de la lande, des arbustes accrochés ci et là. De hautes falaises se dressent à nos côtés, enveloppées d'une aura nuageuse. "Majestueux". Ce mot circule en boucle dans ma tête. C'est presque incroyable de pédaler dans ce décor. Nous nous régalons des grandes prairies vert tendre ciselées de ruisseaux aux eaux vives, bordés de fleurs sauvages. Quelques fermes isolées, au loin le tintement des cloches des chèvres résonne. Nous découvrons l'Andalousie de l'intérieur, ses montagnes et vallées. L'Andalousie sauvage, naturelle, désertée.
Après une pause à Antequera, nous attaquons notre dernière étape andalouse en direction de Malaga. Le temps est menaçant, de violentes rafales de vent se précipitent sur nous. Nous sommes au cœur du Parc Naturel d'El Torcal et à son sommet les bourrasques sont particulièrement désarmantes sur nos vélos chargés. Décidemment nous sommes vernis... Néanmoins, une fois le col péniblement franchi, le vent s'apaise et les influences océaniques chassent les nuages. De vastes vallées dégagées s'étalent sous nos yeux ravis. Les ombres des nuages défilent sur les paysages, l'herbe galope dans les prairies, les oliviers dansent dans le vent, laissant apparaître leurs reliefs argentés. De magnifiques décors se succèdent, variant au gré des montagnes jusqu'au Rio Guadalmedina. Nous dénichons alors une vallée enchantée, peuplée de vieux oliviers aux troncs sinueux et tortueux, surplombant le lac. Je me sentais l'âme d'Alice au pays des Merveilles en déambulant au milieu de ces oliviers qui semblaient prêts à prendre vie d'un instant à l'autre, d'articuler leurs branches tordues et d'agiter leur épais feuillage pour me murmurer de douces paroles de paix...
Nous avons été conquis par cette région, bien qu'elle nous ait donné du fil à retordre. Ceci dit, ce paradoxe n'est pas aussi étonnant qu'il n'y paraît...
Les andalous nous ont beaucoup marqués par leur gentillesse, leur spontanéité et leur joie de vivre. Cependant, nous n'avons pas réussi à pénétrer dans leurs jardins. La langue a pu jouer un rôle défavorable. Il est fort probable que le fait que nous soyons français met en confiance nos concitoyens lorsque nous frappons à leur porte. Cet argument est néanmoins à relativiser, car nous n'avons eu aucun problème en Belgique ou aux Pays-Bas pour nous faire accueillir lors de notre précédent voyage de Rennes à Amsterdam. Et puis cette portion de l'Andalousie est excessivement clôturée, ce qui laisse présager d'une éventuelle crainte vis-à-vis des intrusions. Pas une parcelle de libre, chaque bout de terrain est farouchement défendu par un grillage haut d'un mètre cinquante rehaussé de trois rangées de barbelés. Chaque chemin est cadenassé, chaque maison protégée par d'imposants portails.
Deux mois de voyage à travers l'Andalousie nous ont permis de l'approcher sous plusieurs de ses facettes. Du petit village de montagne aux grandes Dames andalouses (Séville Grenade ou encore Cordoue), des moroses plaines agricoles aux majestueux massifs, des côtes atlantiques aux plages méditerranéennes. Et nous n'avons qu'une envie : revenir !
En attendant, nous reprenons le train jeudi matin pour Rivesaltes avant d'entamer notre remontée de la France. Espérons que le temps ne soit pas trop désobligeant...