What's going on ?
Lundi 25 mai
Dimanche 17 mai, nous enfourchons nos vélos pour de bon, en route vers Cherbourg.
Les premiers kilomètres glissent, nous sommes emportés vers le large, poussés par un vent favorable et encouragés par le soleil. Crampes et courbatures nous épargnent tandis que nous profitons de nos quelques haltes françaises dans la famille de Nico. Le bocage normand est fidèle à sa réputation. De jeunes poulains s'ébattent dans les vertes prairies, les vieilles maisons en pierre s'égrènent le long des côtes.
Très vite, nous atteignons le bout de la pointe du Cotentin, impatients de rejoindre le Royaume-Uni. Nous effectuons les dernières démarches nécessaires, échangeons nos Euros contre quelques Livres Sterling, franchissons le contrôle d'identité et embarquons à bord du Normandie Express. Accoudés à la rembarde du navire, nous regardons la côte française s'éloigner, doucement mais sûrement, et réalisons en filigrane que nous la quittons pour plusieurs mois.
"Keep your left". Premiers coups de pédales, dépaysement assuré. Nous n'avons pas vraiment compris l'origine de cette manie anglo-saxonne qui remonte à l'époque des cochers, si ce n'est que Napoléon n'est pas passé par là pour inverser la coutume. Si bien que nous sommes un peu désorientés, d'autant plus que nous devons traverser la ville de Portsmouth pour atteindre le camping où nous dormons ce soir. Heureusement, les anglais sont extrêmement aimables et chaque personne que nous rencontrons ou interrogeons se montre très serviable. Certains viennent même à notre rencontre pour nous proposer de l'aide.
Les préjugés tombent un à un, puisque le soleil est de la partie, et que, finalement, de nombreux anglais parlent au moins quelques mots de français et sont ravis de nous souhaiter un "bôn voyââge !". Pas de difficultés non plus pour nous ravitailler, même si nous n'osons pas encore nous aventurer dans certains rayons emplis de flacons contenant de curieuses substances aux noms inconnus.
De même, nous nous attendions à traverser des campagnes mornes et urbanisées, alors que de belles prairies bordées de taillis ondulent tels un océan de verdure, où l'on se surprend à crier " Terre ! " en apercevant un îlot de briques rouges assemblées en cottages. La mauvaise surprise vient davantage des côtes et autres montées. Il semblerait que nos amis les Anglais n'aient pas intégrés le principe du virage pour réduire le dénivelé. Si bien que nos cuisses sont mises à rude épreuve sans pour autant gravir de redoutables montagnes !
L'accueil que nous recevons sur notre route est très simple et cordial et nous ne rencontrons aucune difficulté à planter notre tente sur un bout de jardin. Bien souvent, une douche, quelques œufs ou encore un thé fumant nous sont offert.
Le panneau que nous avons fixé à l'arrière du vélo de Nico suscite interrogations et discussions. « Mais, vous allez vraiment à Istanbul ?! » Nous le souhaitons !