Péripéties autrichiennes et slovaques
Depuis notre dernier billet posté de République tchèque, nous avons joué à saute-frontière puisque nous voici désormais en Hongrie, à quelques pas de la Slovaquie. Ces derniers jours ont été assez intenses pour nous, nous avons donc choisi de prendre quelques jours de repos au camping avant d'affronter la traversée des pays de l'Est.
Le retour à la langue allemande en Autriche, puis aux sonorités tchèques en Slovaquie, nous perturbe. Nous avons l'impression de tourner en rond. Mais non, nous avons rejoint le Danube, ce mythique fleuve qui nous mènera quasiment jusqu'aux portes de la Turquie. Encore environ 1500 kilomètres à parcourir jusqu'Istanbul, où le voyage prendra sûrement un rythme différent, en fonction du climat automnal.
Les premiers tours de roue en Autriche se font sous une chaleur écrasante. En fin de journée, alors que nous voyons toujours les paysages et vignes tchèques à l'horizon, nous nous arrêtons pour demander l'hospitalité. Et pour la première fois depuis des mois, nous essuyons un refus. Trois personnes nous font face, un couple d'une cinquantaine d'années et une femme un peu plus âgée. Ils parlementent entre eux, nous posent des questions, hésitent. J'ai beau leur expliquer du mieux que je peux que nous ne sommes que deux voyageurs à vélo français et que nous repartirons le lendemain sans les déranger, ils ne sont pas convaincus. Pour autant, leur position n'est pas très claire, mais nous décidons de nous en aller, puisqu'ils n'osent pas nous le dire. Quel contraste ! Après plusieurs mois sur les routes d'Europe, et surtout deux semaines dans un des pays les plus accueillants que nous ayons traversés, à seulement quelques kilomètres de cette maison, nous n'en revenons pas. La douche est froide ! Nous avons envie de leur montrer les photos d'Anna, de Josef, de Horst, d'Ann et Alf et des autres, d'exhiber notre carnet d'adresses rempli, de leur raconter toutes ces rencontres afin de leur prouver qu'ils peuvent nous faire confiance, sans crainte. Malgré tout, nous respectons leur choix, et reprenons la route sur nos vélos. Nous planterons notre tente dans un sous-bois, à défaut de mieux.
Décidés à ne pas rester sur cette première impression négative, nous réitérons l'expérience dès le lendemain soir, à la porte d'une ferme. Le moteur du tracteur couvre mes paroles, mais nos intentions sont cette fois-ci parfaitement claires aux yeux de nos nouveaux hôtes et nous voici invités à partager la tablée familiale et à savourer le confort d'un lit, alors que justement le matelas de Nico est crevé. Au cours de la soirée, Michel, le maître des lieux, nous convie à découvrir leur quotidien une journée supplémentaire. Fermiers de père en fils, à la tête d'une exploitation humaine, malgré la pression des grosses exploitations tchèques et hongroises, leur récit transmet des valeurs qui sont chères à nos yeux.
Finalement, l'Autriche nous a réservé de nombreuses surprises, dans la diversité de ces accueils, froid le premier soir, familial le deuxième, amical à Vienne chez des membres de Hospitality Club, simple le dernier soir, sur la pelouse d'un bar de village. Tous les Autrichiens que nous rencontrons font référence au passé et à l'Histoire, Napoléon, l'empire austro-hongrois, Hitler (qui est autrichien) et nous sommes même parfois dépassés par toutes ces références culturelles ! Nous apprenons également que tous les jeunes autrichiens apprennent la valse dès l'âge de 16 ans, la danse est ici un art de vivre. Vienne nous surprend, son calme et la douceur majestueuse de son architecture nous séduisent. Nous quittons l'Autriche étourdis par toutes ces révélations.
Bratislava nous accueille en Slovaquie et à nouveau première surprise, le pays est passé à l'euro. Je ne vous raconte pas la tête de Nico face au bonhomme du bureau de change…
En un peu plus d'une journée, nous traversons le pays. Mais quelle journée !
Dès notre appel à la radio France Bleu Armorique terminé, nous enfourchons nos vélos. Le vent nous pousse sur les pistes du Danube à plus de 20km/h. En revanche, le monotone défilé des paysages agricoles abat notre moral. Comme envoyés du Ciel, deux cycloroutards nous doublent à ce moment de désespoir, dont un français ! Poussés par l'enthousiasme de la rencontre, nous les suivons et pédalons ensemble un bout de chemin, échangeant sur nos expériences respectives. Plus rapides que nous, ils nous quittent en nous indiquant le prochain camping. Nous avons déjà fait 80 kilomètres, autrement dit une bonne journée pour les Calepieds, et nous aimerions nous reposer un peu au camping. Mais la dernière ligne jusqu'au moment de repos ne sera pas droite.
Nous n'avons pas de carte et l'itinéraire que nous suivons n'est pas fléché. À une intersection, nous hésitons. Nico choisit l'option à droite. Le chemin est d'abord boueux, puis, de moins en moins net et sableux. Pas facile de pédaler dans les trous de sables ! Je commence à ce moment à douter de ce chemin, mais Nico persévère. Je repense à l'Andalousie et une certitude me vient à l'esprit : nous n'avons encore rien vu. En effet, plus nous nous enfonçons dans ce chemin, plus les obstacles s'accumulent. Maintenant, nous sommes violemment agressés par des hordes de moustiques sauvages, voraces et coriaces. Impossible de les chasser, ils sont beaucoup trop nombreux et ils ne perdent pas un instant pour nous percer la peau (je ne sais pas pourquoi, mais les moustiques du Danube sont réellement oppressants et douloureux). Il faut rouler. Mais dans le sable, ça ne roule pas, nous sommes obligés de descendre du vélo pour le pousser. Bientôt le chemin redevient ferme, je me dis que la situation va se rétablir. Mais maintenant, des troncs barrent la route et bientôt les branches envahissent le chemin. Et toujours ces moustiques infernaux, ils ne nous lâchent pas. Puis, nous recevons le coup de grâce : le chemin disparaît dans les broussailles, il faut faire demi-tour. Ce qui signifie retraverser l'enfer vert. Quelle épreuve ! Nous repartons en arrière, et fuyons, pédalant le plus vite possible sans prendre garde aux branches et aux obstacles, poussant les vélos en courant, avec l'impression d'être poursuivis par une horde d'animaux sauvages et carnivores.
Branches, troncs, trous de sables, boue à nouveau et nous retrouvons le bon chemin et le calme de la campagne slovaque. Mais, enfin arrivés au village-destination, nous apprenons que le camping est fermé depuis 10 ans… Sympa ! Après 96 kilomètres (du jamais vu dans l'histoire des Calepieds avec sacoches), il n'est pas question de repartir, de toute façon la nuit tombe. Heureusement, la journée se termine bien puisque Nico, pour se faire pardonner son obstination (c'est lui qui voulait prendre ce chemin de taré) nous invite dans une pension avec un bon lit douillet…
Après ces quelques péripéties, nous savourons quelques jours de repos aux portes de la Hongrie. Première impression, cette langue nous paraît complètement impénétrable ! Budapest dans deux jours, et la suite de nos aventures très bientôt. Et bien sûr, toujours plus de photos dans le nouvel album Autriche-Slovaquie et dans celui de Cali !