Deux semaines en pays magyar
05 septembre 2009
De vieilles Lada côtoie de modernes voitures à 3 millions (de forint). De temps en temps, une charrette de foin tractée par deux solides bœufs passe au ralenti. Un berger guide ses bêtes vers de nouveaux pâturages. En Hongrie, les époques se superposent et se confondent.
En se retirant, le Danube a dégagé une vaste plaine fertile, le loess. Maïs et tournesol sont plantés en alternance sur des milliers d'hectares, occupant le champ de vision jusqu'à l'infini. Parfois, un hameau rompt cette monotonie. Certaines fermes traditionnelles perdurent : quelques volailles, un tas de foin en botte, un troupeau de moutons, une rangée de pieds de vigne et des paprikas noués en tresse qui pendent le long du mur blanc, plein sud.
Dans les villages, les rues sont en sable ou en terre. Quelques vieux se retrouvent sous les appentis des bars-épiceries, des vélos chargés de bois mort ou de cageot de paprikas déambulent avec nonchalance. Les chiens aboient sur notre passage.
Notre itinéraire nous mène de routes cabossées en pistes sableuses et chemins de terre. Nos muscles se tendent, notre patience s'épuise. Au cœur de l'Europe, mais aussi à la moitié de notre parcours, la fatigue commence à s'accumuler. Une certaine lassitude également, conditionnée par cette campagne morne et insipide. De la bouche même d'une Hongroise, l'état d'esprit magyar serait à tendance pessimiste. Cette morosité ambiante nous pèse sur les épaules.
Pour lutter contre cette monotonie, un remède : la rencontre de Szolt et Olga, qui vont transformer notre parcours magyar en périgrinations familiales. Ce couple de jeunes hongrois vient à notre rencontre sur les pistes du Danube et, impressionnés par notre parcours, ils nous invitent à passer deux nuits chez eux, dans le paisible village de Szentendre, au nord de Budapest. Dévoué à notre cause, Szolt ne nous laisse pas partir de chez lui avant d'avoir pu organiser des étapes-relais chez ses parents et chez son frère aîné.
L'accueil des parents de Szolt, dans le petit village de Kalosca, mérite quelques lignes sur ce blog. Ici, personne ne parle anglais, et le hongrois n'est décidément pas une langue pour Latins. Mais l'accueil est simple et chaleureux. Dans la soirée, alors que nous consultons nos emails, Anna-Maria (la maman) me passe le téléphone. À l'autre bout du fil, une dame, concentrée, me dit dans un allemand très scolaire que demain, elle passe nous prendre à 9 heures pour visiter le village. La proposition est de forme affirmative plus qu'interrogative, mais, pourquoi pas ?
De l'église baroque où se succèdent les bus touristiques à l'occasion des 1000 ans du village en passant par le musée des traditions où, chaussés de nos patins anti rayures sur le beau parquet, nous suivons la visite, jusqu'au fameux musée du paprika, nous terminons par la visite de l'entreprise de porcelaine où travaille notre guide improvisée. Tout est fabriqué à la main et le coup de pinceau sur l'assiette est parfaitement sûr et précis ! Après cette matinée dynamique, nous ne sommes pas au bout de nos surprises, puisque l'après-midi, nous sommes appelés chez nos hôtes par la radio locale, et me voici interviewée sur le pourquoi du comment de notre passage à Kalosca, en anglais heureusement ! Nous n'oublierons pas de sitôt notre passage dans ce bourg pittoresque.
Nous voici désormais à quelques kilomètres de la frontière avec la « Yougoslavie » comme on dit encore par ici. Affaire à suivre !