Aperçu d'Orient

Publié le par Rosélène et Nicolas

« Al sacan», la bannière rouge, claque au vent. La silhouette d'une mosquée, minaret pointé vers le ciel, se dessine à l'horizon. Fin de journée. Les hommes se retrouvent aux terrasses des cafés pour siroter un çay en jouant aux dominos.

Je suis une femme sur un vélo chargé. Le long de la rue principale, les hommes du village sont assis face à la rue et nous regardent en profondeur, les uns après les autres. Quelques femmes traversent rapidement la rue pour rejoindre les autres regroupées dans une cour intérieure. J'aperçois une chevelure découverte.

Nous ne passons jamais inaperçus sur nos vélos, mais ici le choc culturel est immédiat. Nous sommes des étrangers dans un monde musulman. Certes la Turquie est un pays laïque et moderne. Certes la Turquie, carrefour entre l'Orient et l'Occident, est une terre de mélanges et son identité culturelle est le fruit de ces rencontres diverses. Néanmoins, l'Islam reste la religion majoritaire et son empreinte sur le quotidien dépasse le cadre de la croyance individuelle.

Je suis une femme sur un vélo chargé et cette société m'interroge. Le drapeau turc m'impressionne, le chant du muezzin m'envoûte. Les mosquées aux douces formes arrondies me séduisent, les femmes en noir de la tête au pied me perturbent.

Le mélange entre tradition et modernité est plus fort ici qu'ailleurs. La Turquie confronte les époques sans complexes. La Turquie est variée, à l'image de ses habitants.

 

Notre inconscient collectif porte la marque d'une lointaine conquête menaçante. Mais l'Ottoman de notre imaginaire ne trouve pas sa place en Turquie. Gentillesse et sens incroyable de l'accueil sont les caractéristiques d'un peuple attachant et souriant. L'invitation à boire le çay, thé sucré aux reflets ambrés, est une marque d'amitié qui surpasse la formule de politesse. Quel meilleur appel à découvrir les saveurs d'Orient ? Passeport de l'amitié et véritable introduction à l'hospitalité turque, le çay nous est offert spontanément dans chaque village. Ici l'accueil n'est pas un élan du cœur, c'est une disposition naturelle, presque une obligation. Selon la religion musulmane, le voyageur de passage est un envoyé d'Allah, qu'il convient de recevoir en tant que tel. Mais je vous assure que les Turcs se plient à cette tradition avec chaleur et générosité. Partons où nous passons nous sommes invités à boire le çay, partager un repas ou emporter des vivres dans nos sacoches. Les Turcs se mettent en quatre pour nous rendre service. Et semble prendre autant de plaisir à nous aider que nous à les rencontrer.

Parfois, on fait demi-tour pour venir nous saluer et nous offrir une cigarette, prétexte pour passer un moment ensemble, même si nous ne parlons pas la même langue. D'ailleurs, moins on le comprend, plus le Turc parle ! Curieux et bavards, les Turcs sont également attachants et vraiment chaleureux.

Un midi, surpris par la pluie, nous sommes interpellés par des hommes dans un bar. « Venez, venez vous mettre à l'abri ! Tiens, bois un çay, assieds-toi, repose-toi ! » Tout le monde est aux petits soins avec nous, comme si nous venions d'endurer une terrible épreuve. Et puis, entre deux questions, on nous amène un plateau garni : tomates, olives, concombres, fromage, pain, miel, et on nous ressert du çay, encore et encore. Voici enfin un pays qui nous réconcilie avec la pluie !

Une autre fois, des gars de chantier nous hèlent. Nous échangeons quelques mots ensemble et un kilomètre plus loin, en haut de la côte, ils nous interceptent à nouveau pour partager le repas avec leurs collègues sur le bord de la route, prêts à nous donner leurs gamelles.

Un homme qui a vécu en Allemagne nous aide à faire quelques emplettes à l'épicerie du coin, quelques amis partagent leur barbecue avec nous, on nous trouve une pièce recouverte de tapis pour passer la nuit…

En seulement quelques jours, les petites attentions se multiplient et les manifestations d'hospitalité s'enchaînent.

 

Istanbul. Après cinq mois sur ses traces, chaque jour un peu plus proches, enfin nous y venons. France-Istanbul se concrétise. « Le but c'est le chemin » disait Goethe, mais pas de chemin sans but. Et Istanbul représente à nos yeux un aboutissement aussi fort que symbolique. D'un bout à l'autre de l'Europe, nous voici désormais à la porte de l'Asie, face à un nouveau monde…

 

Istanbul me fascine. En quelques jours, nous nous sentons chez nous au cœur de cette mégalopole de 15 millions d'habitants. Nous y avons nos repères. Mais d'où vient l'irrésistible charme de cette ville mythique, cette cité aux multiples facettes, à la croisée des chemins, trois fois millénaires ?

Du dédale de ses rues labyrinthiques et étroites ?  Ces petits passages en pavé qui vous mènent vers la caverne d'Ali Baba, le Grand Bazaar, d'où vous ressortez envoûté par les parfums d'Orient, éboulis par les jeux de lumière à travers les cuivres et les verres des narghilés, étourdi par le ballet des serveurs de çay qui se faufilent avec leur plateau chargé de nectar ambré...

Du magnétisme de cette civilisation musulmane, qui, à Grenade ou sur les rives du Bosphore, exerce sur moi une véritable fascination ? Mystérieuses écritures arabes, architecture fine et sculptée et arabesques sur les fontaines, portes ou plafonds voûtés flattent ma sensibilité…

De la richesse culturelle de cette cité mythique ? La Mosquée Bleue réveille nos questions existentielles sur Dieu, Ayasofia nous interroge sur la religion en confrontant Vierge Marie et symboles musulmans. Chaque pas dans ces lieux de culte incite au recul et appelle à la spiritualité…

Ou bien est-ce seulement cette atmosphère, suave et sereine ? Chaque quartier dégage une ambiance qui révèle une des facettes de cette ville aux multiples identités. Sultanahamet est couleur miel, envahi par la douceur et la nostalgie. Surtout le soir, lorsque touristes et chahut ont quitté les lieux, laissant Ayasofia et Mosquée Bleue se toiser dans la quiétude de la nuit.

 

Difficile d'écrire sur Istanbul, d'en saisir l'essence. Ce sont de tout petits détails, la nonchalance des chats de la ville, la pureté du chant du muezzin qui rythme la journée, les jeux de lumière sur le Bosphore, le caractère de ses habitants, le cri du vendeur ambulant qui passe et repasse, l'image du chapelet égrainé derrière le dos… Ce sont des ambiances sonores, olfactives, tactiles, qui parlent au cœur, qui réveillent une fibre sensuelle. La Magnifique porte bien son nom, et il est certain que le charme qu'elle a exercé sur nous laissera des traces. D'ailleurs, nous avons déjà envie d'y revenir !

 

Mais le voyage se poursuit. Si Istanbul marque pour nous une certaine apothéose dans notre périple européen, l'aventure n'est pas encore terminée ! Nous avons mis le cap sur la côte égéenne et visons désormais la Grèce.

 

Güle Güle !!!

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Publié dans Carnet de route Europe

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D
<br /> Houaw! Du grand art mselle, tu m'as comble de compliments sur ma verve mais je ne peux que m'incliner devant la qualite de la tienne. Cet article est un des meilleurs que tu aies ecrit, bien que je<br /> n'ai jamais eu la chance d'aller a Istanbul, j'ai l'impression de la connaitre. Il y a dans tout cela comme un brin de ressemblance avec ce que je vis ici ca c'est sur...<br /> <br /> Bonne route les amis on est de tout coeur avec vous!<br /> <br /> <br />
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R
<br /> Istanbul m'a charmée et envoutée, je crois meme qu'elle a guidée ma plume... Pas facile pourtant d'écrire sur cette ville dont tout le monde parle et qui fait rever d'un bout à l'autre de<br /> l'Europe... Alors merci pour ce compliment, il me va droit au coeur ! Pleins de bises à vous deux<br /> <br /> <br />
M
<br /> Superbe article ! Ca donne vraiment envie de visiter cette ville ! Bises à vous deux<br /> <br /> <br />
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R
<br /> salut mariun ! merci pour le commentaire, j'y ai mis du coeur à l'ouvrage et ce n'était pas facile d'écrire sur cette ville ! Istanbul est dans l'imaginaire de tous, c'était un peu un défi à<br /> relever !<br /> <br /> <br />
M
<br /> Superbe article ! Ca donne vraiment envie de visiter cette ville ! Bises à vous deux<br /> <br /> <br />
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