Peur du noir, par Nico
J’avoue que j’ai peur du noir, de l’homme à la peau sombre. Autrement dit, je suis « négrophobe » et ce n’est pas plaisant de s’en rendre compte. Pas plus que de constater que j’ai aussi des tendances racistes. Raciste dans le sens où j’attribue des caractéristiques à une personne en fonction de sa couleur de peau. Par exemple, parce que cet homme est noir, il est lent ou idiot. Racisme négatif puisque je place l’homme noir inférieur à moi, homme blanc.
Je suis peut être influencé, depuis toujours, par le discours ambiant qui règne en Occident, qui prétend que les Africains en général sont en retard, sous développés, désorganisés ou archaïques. Honnête avec moi-même et ne tolérant pas ce constat, je me jette la pierre et m’oblige à changer. Aussi, je comprends que cette peur est une des raisons de mon voyage en Afrique.
A mon arrivée au Sénégal, que j’appréhendais beaucoup, je porte toute mon attention sur mes comportements et mes pensées. Je remarque rapidement que je ne suis pas naturel, voir mal à l’aise avec les Sénégalais que je rencontre. En effet, au-delà du côté dépaysant et exotique d’être arrivé ici, je me rends compte que je suis trop gentil, plus souriant que d’habitude, comme s’il fallait que je m’excuse d’avoir d’obscures idées intérieures.
Sûr de ma conclusion, je prends alors soin de m’ouvrir et d’arrêter tout jugement de valeur. Je suis prêt à me remettre en question et j’évolue petit à petit. Je remarque que j’ai franchi une étape lorsque j’observe un français qui travaille avec moi au village des tortues : en s’adressant au gardien de nuit qui ne comprend pas du premier coup ce qu’il veut lui expliquer, il parle de plus en plus fort. Je lui demande alors de faire moins de bruit pour ne pas réveiller Rosélène. Il me répond que son interlocuteur est un peu sourd. Plus tard, je constate qu’Abdoulaye a l’ouïe fine, même à 62 ans. Il ne comprend juste pas qu’il ne parle pas aussi bien français que lui. « Toi y’en a comprendre, petit nègre ? », semble être ce qu’il pourrait aussi penser.
Je me suis questionné sur le rapport entre la vie d’un Français et celle d’un Sénégalais, parce que je ne tolérais pas mes idées et que les peurs ne sont pas anodines. Je conclue que nous sommes donc bien tous aussi différents que nous sommes égaux. Maintenant, après avoir rencontré plein de gens ici, je me sens parfaitement naturel et je crois que je suis « guéri », je n’ai plus peur.
Voyager nécessite de se confronter à la différence, se remettre en question, tout en restant ouvert et prêt à échanger. Je ne me sens pas coupable d’avoir eu peur, seulement victime d’un inconscient collectif qui me renvoie une image négative de l’Afrique.
Ceci est mon témoignage, concernant un sujet sensible. Je ne mâche pas mes mots et je déçois ou choque peut être, mais au moins je suis sincère. J’ai décidé d’en parler parce que mon expérience me semblait intéressante à partager.
Nico