Dix jours chez les Héllènes

Publié le par Rosélène et Nicolas

Nous sommes chaleureusement accueillis dès notre débarquement sur l'île de Lesvos, dans le petit port de Mytilini, par Juan Carlos, étudiant espagnol en biologie marine. Nichée à flanc de montagne, au détour de petites ruelles sinueuses bordées de maisons colorées, sa maisonnette avec vue sur les côtes de la Turquie toute proche est un petit paradis pour cycloroutards en mal de repos. Juan Carlos nous présente ses amis et notamment Marina, sa voisine d'âge mûr qui lui rend visite tous les soirs, pour papoter et débattre du choix de coloris pour la peinture des murs…

Panayotis, Grec de souche, originaire d'une des rares régions restées indépendantes lors de la conquête ottomane, prend le relais au port d'Athènes. La scène est assez comique.

Nous avons peu et mal dormi sur le bateau, contraints en classe économique à dormir sur le sol. Nous avions établi notre campement de fortune dans un coin du bateau, et nous nous étions absentés une demi-heure dans le « salon » grignoter quelques olives sur une table. À notre retour, nos matelas ont fait le bonheur de sept Somaliennes, visiblement candidates à l'immigration, phénomène relativement nouveau, mais désormais intense en Grèce. Elles squattent nos paillasses et n'ont pas l'intention d'en bouger, « c'est à nous maintenant ! ». Je reste un peu interdite face à cette situation alors que Nico s'esclaffe. Heureusement, le conflit se résout rapidement grâce à l'intervention d'un « grand frère » qui leur somme de se retirer pour « éviter les problèmes ».

Après une nuit chaotique de quelques heures, nous débarquons donc au port d'Athènes au petit matin. Panayotis nous accoste, il est avec deux amis. Leurs mines défraîchies nous indiquent qu'ils rentrent tout juste de leur virée nocturne, et ils réalisent soudainement que nos vélos ne vont pas rentrer dans la petite auto genre Polo. Panayotis propose que nous suivions la voiture avec nos vélos et son ami approuve : « Vous êtes forts en vélo non ? » Ben oui, avec quarante kilos de bagages, on est aussi très lents ! « Bon dans ce cas, on n'a qu'à mettre vos bagages dans la voiture et on roulera doucement pour que vous nous suiviez. » Au moment où il prononce ces paroles, le coffre de l'auto s'ouvre et découvre… une poussette qui occupe tout l'espace ! J'explose de rire face à leurs mines déconfites. Trois garçons encore imbibés d'alcool qui écoutent du heavy métal avec une poussette dans le coffre ! La situation est cocasse. Finalement, on bourre les sacoches à l'arrière et les suivons tant bien que mal à travers les artères vides du port. Et dormons ensuite la moitié de la journée chez Panayotis.

 

Ces rencontres amicales et amusantes seront aussi les dernières en Grèce. Le mauvais temps nous pousse à nous réfugier dans un hôtel (parfaitement négocié par Nico) tandis que la côte bétonnée à outrance ne nous donne pas vraiment l'opportunité de demander un bout de jardin. Villas et résidences se succèdent sans fin sur la route côtière. Pourtant la côte est magnifique, l'eau d'une clarté incroyable. Mais la frénésie immobilière n'épargne pas la Grèce qui tire ses principaux revenus de l'industrie du tourisme.

L'ambiance argent-tourisme fait rarement bon ménage. Plus personne ne se soucie de nous, ne nous salue et encore moins ne nous invite à partager un moment ensemble ! Après la Turquie, la Grèce fait l'effet d'une douche froide. À un carrefour embouteillé, Nico tape au carreau d'une voiture arrêtée dans la file d'attente pour demander notre direction. La dame refuse d'ouvrir sa vitre et fais des grimaces de rejet à notre malheureux cycloroutard…

Heureusement, les derniers kilomètres avant Patras nous permettent d'apprécier une côte encore préservée et magnifique, afin de nous réconcilier avec la Grèce avant de prendre un bateau pour l'Italie.

Nous voici donc en « Pouille », chez nos cousins, et nous retrouvons ici sourire et douceur de vivre. Le retour approche, et nous devrions rejoindre notre chère patrie d'ici environ un mois, le temps de profiter encore un peu des températures méridionales clémentes.

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Publié dans Carnet de route Europe

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